Les jardins d’Albert Kahn

Le week-end dernier, j’ai fait du troc ! J’ai échangé une escapade en amoureux sur la côte normande contre une visite bucolique (et non moins romantique !) des jardins d’Albert Kahn. Le report inopiné de notre séjour nous a finalement permis de profiter d’une belle après-midi d’été et de découvrir enfin ce jardin : il faut dire que j’avais envie d’y faire un tour depuis des lustres – à peu près 6 ans ! Nous avons aussi croiser la figure d’Albert Kahn, riche banquier de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, qui s’illustre à l’époque par son pacifisme et sa philanthropie. Animé par un idéal de paix universelle, qu’il pense possible grâce à la connaissance respective de chaque culture, il fait de ce jardin le pendant végétal de ses diverses fondations et l’intègre à l’ensemble de son projet. Une visite guidée s’impose !

Lorsqu’il s’établit à Boulogne-sur-Seine en 1893, Albert Kahn n’est encore que locataire de son hôtel particulier. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il en deviendra propriétaire. Dès lors, il se passionne pour le jardin et acquiert au fur et à mesure les diverses parcelles qui jouxtent sa maison, jusqu’à que que celles-ci couvrent 4 hectares en 1910 ! Il imagine alors un jardin dit « de scènes », constitué de modèles horticoles et paysagers de différentes régions du monde. Un jardin mappemonde qui invite au voyage et à la réflexion.

Le village japonais, créé au retour d’un voyage au Japon à la fin du XIXe siècle, est conçu par des artistes japonais, venus spécialement pour le dessiner et le planter. Autour d’un pavillon de thé et de deux maisons d’habitations traditionnelles transportées depuis le Japon, les végétaux et les roches sont harmonieusement disposés pour reconstituer en miniature un paysage nippon. Les vides, les contrastes, et l’art de figurer l’eau par les minéraux participent à cette mise en scène esthétique de l’espace. Les petites dimensions du village lui confèrent aussi une certaine intimité.

Le jardin anglais est formé d’une vaste pelouse légèrement vallonnée et d’une rivière sinueuse, surmontée d’un pont en rocaille suggérant une falaise. La disposition du paysage est guidée par la recherche de naturel, en opposition avec le jardin français tout en symétrie, que l’on peut apercevoir de là.

La forêt vosgienne est évoquée par un décor montagneux et une petite maison rustique, souvenirs des paysages d’enfance d’Albert Kahn. Les deux versants du massif des Vosges sont représentés : le versant lorrain avec ses épicéas verts et ses sentiers sinueux, et le versant alsacien avec ses pins, ses chemins creux et ses dénivelés. Et c’est dans un tout petit espace – 3000m2 – que les 800 000 hectares de forêt sont reconstitués.

La forêt dorée doit son nom aux bouleaux qui se parent de feuilles jaunes à l’automne et aux épicéas, lumineux au printemps. Ici, les couleurs et les formes végétales sont libres. La prairie, composée de multiples plantes sauvages, s’inspire d’un mouvement né en Angleterre à la fin du XIXe siècle qui marque la recherche d’une nature sans entrave.

La forêt bleue est appelée ainsi à cause de la couleur bleue des cèdres de l’Atlas et des épicéas du Colorado. Ces arbres transportent les visiteurs à l’autre bout du monde, sur les continents africains et américains. Le marais, constitué de deux bassins avec des nénuphars, des iris d’eau, des roseaux, est une sorte de composition impressionniste qui montre l’intérêt d’Albert Kahn pour l’ensemble du monde vivant. Il installe d’ailleurs à proximité de sa maison et du marais, un laboratoire de biologie et de microcinématographie.

Le jardin français est conçu dans un style régulier, à l’inverse du style paysager du jardin anglais qui lui fait face. Créé en 1895 par des paysagistes renommés, ce jardin d’utilité et d’agrément est caractérisé par la géométrie des formes et la symétrie des traits. Il est bordé de deux rangées de tilleuls et de marronniers qui accentuent la régularité de son dessin. Le verger-roseraie, d’influence anglo-saxonne, mêle arbres fruitiers et rosiers grimpants. La tonnelle ombragée est propice à la promenade et à la méditation. La serre ornementale, magnifique ouvrage de ferronnerie de la fin du XIXe siècle, sert de jardin d’hiver. La luxuriance des feuillages et des fleurs à l’intérieur souligne l’atmosphère tropicale du lieu.

Le jardin japonais contemporain a remplacé en 1989 celui qu’Albert Kahn avait conçu en 1908-1909 au retour d’un autre de ses voyages au Japon. Subsistent de cet ancien jardin, le grand cèdre de l’Himalaya, le hêtre pleureur sur le petit îlot, les deux ponts et un portique en bois donnant sur le verger. L’espace, qui rend hommage au banquier, est organisé autour d’une symbolique qui reprend le principe fondamental du Tao : celui de la complémentarité dans l’opposition pour former un tout. Le parcours de l’eau à travers le jardin symbolise la vie d’Albert Kahn.

Cette après-midi, passée à flâner dans ces différents jardins avait un petit goût de vacances. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce le dépaysement est garanti ! Les jardins d’Albert Kahn offrent aux visiteurs des lieux empreints de calme et de poésie, parfaits pour se ressourcer. L’humaniste a réussi son pari : exprimer dans son jardin son idéal de compréhension entre les peuples. Une exposition retrace d’ailleurs actuellement au sein du musée la vie et l’œuvre d’Albert Kahn. Mais ça c’est une autre histoire, ou plutôt un autre article !

Plan interactif du jardin

Plus d’infos sur le musée-jardin Albert-Kahn

 

9 commentaires sur “Les jardins d’Albert Kahn

  1. Marie-Charlotte : ah oui c’est fort ça !
    La Nantaise : oui, c’est un bel endroit pour flâner et bouquiner !
    Elle de Go, Aurélie, Caroline, Polina, Charlojiho : je suis moi aussi tombée amoureuse de ces jardins !

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